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Agriculture : le RN prend les paysans pour des dindons

Méconnaissance, opportunisme ou manipulation... En matière d'agriculture, le RN dit et vote à peu près tout et son contraire mais n'oublie jamais de satisfaire les intérêts de l'agro-industrie au détriment de la paysannerie. Surtout, le parti qui se présente en grand défenseur du monde rural n'a proposé aucun texte de Loi sur l'agriculture depuis les dernières élections législatives ! Petit résumé...
Agriculture : le RN prend les paysans pour des dindons

Derrière les discours sur la paysannerie, le RN vote systématiquement selon les consignes de l'agro-industrie et n'a proposé aucune loi agricole depuis qu'il siège au parlement.

Contre la Loi Egalim puis finalement pour, pour les prix planchers puis finalement contre, pour le bio un jour et pour les phytos le lendemain, pour les chasseurs mais contre la chasse… Le RN raconte tout et son contraire sur l'agriculture et le monde rural : une manière de capitaliser sur la colère des agriculteurs tout en les prenant pour des dindons. 

D'ailleurs dans les faits, le parti d'extrême-droite se fout pas mal de la cause paysanne : les députés RN n'ont jamais proposé le moindre texte de Loi sur l'agriculture ! Une constante cependant : ils votent toujours les Lois favorables à l'agro-industrie au détriment des petites exploitations ! Petit tour d'horizon :

- Les prix planchers

C'est l'un des sujets sur lequels l'opportunisme du RN est le plus criant. Après avoir voté pour la proposition de Loi du groupe LFI en novembre dernier "visant à lutter contre l’inflation par l’encadrement des marges des industries agroalimentaires et établissant un prix d’achat plancher des matières premières agricoles", le RN par la voix de Jordan Bardella a dénoncé "une trappe à pauvreté", récitant l'argumentaire de la FNSEA. Mais deux jours plus tard, Marine Le Pen, affirmait au Salon de l'agriculture que le RN avait toujours défendu l’idée "d’un prix garanti par l’État, qui intervient comme arbitre au cas où les négociations n’arrivent pas à être conclues entre les producteurs et les industriels." Un prix plancher, donc. Faudrait savoir !

- Le revenu

"Beaucoup d’agriculteurs n’arrivent pas à se sortir de revenus, même en travaillant cent heures par semaine", pleurait récemment Jordan Bardella sur France Bleu. Pourtant, en octobre 2020, lorsque le Parlement européen devait se prononcer sur le financement de la Pac, lui et ses collègues ont voté contre, à l’unanimité moins une abstention, l'amendement qui proposait un plafonnement des aides de la Pac afin de limiter les financements aux très grandes surfaces agricoles pour les redistribuer en faveur des fermes de petite et moyenne tailles. Le parti d’extrême droite n’a donc pas voulu de cette mesure favorable aux plus modestes. Snif !

- La Pac

Au Parlement européen, c’est sur la PAC que le RN dévoile son vrai visage, libéral et antisocial. "La PAC, c’est mieux que rien : je l’ai votée parce que ça va dans le bon sens", déclaré Jordan Bardella au Salon de l’agriculture. Certes, en novembre 2021, son parti avait voté pour le règlement général de la nouvelle Pac. Un an plus tôt cependant, il votait contre le budget général de l’UE de la mandature, d’où découle pourtant le gigantesque budget d’argent public que constitue la Pac (9 milliards d'euros pour l'agriculture française). "Quand on fait plus d’Europe et moins de nation, on s’affaiblit", disait-il alors. Il faudrait donc revenir au protectionnisme ? Mais dans ce cas, pourquoi s'abstenir lors des votes des traités de libre-échange ? Pour ne pas fâcher les industriels ? Pas facile de faire plaisir à tout le monde...

- La Loi Egalim

En 2018, les 8 députés FN (à l'époque) avaient voté à l'unanimité contre la Loi Egalim. A l'automne dernier, le RN par la voix du député Grégoire de Fournas, rappelait son opposition à la Loi Egalim "qui impose de nouvelles contraintes aux agriculteurs et accélère l’inflation alimentaire dans des proportions considérables". Pourtant lors de la crise agricole du début d'année, le RN s'est découvert une passion soudaine pour la Loi Egalim : "Il faut faire appliquer les principes des lois Egalim", martelait Jordan Bardella au Salon de l'Agriculture. "Ce que disent les agriculteurs, c’est que le principe des lois Egalim, qui visaient en gros à mieux répartir la marge et à assurer un revenu plus digne et décent aux agriculteurs, va dans le bon sens. Le problème, c’est que les principes n’ont pas été appliqués." Alors pour ou contre ? Cela dépend du sens du vent !

- Le foncier

Toujours lors de la récente colère agricole, le RN annonçait sur ses réseaux vouloir "garantir la préservation des terres agricles face à l'urbanisation excessive", avec en fond une belle photo de campagne idéale. L’été dernier pourtant, le groupe RN à l’Assemblée votait à l’unanimité pour l’assouplissement de la loi zéro artificialisation nette qui vise justement à ralentir drastiquement l’artificialisation des sols. Là aussi, faudrait savoir !

- Bio mais pas trop

Sur les pratiques, Marine Le Pen annonçait dans son programme de "Un plan de soutien pour l'agriculture biologique". ça mange pas de pain. Mais c'est plus compliqué quand il faut passer à l'acte : dans les faits, les eurodéputés ont systématiquement voté contre le Pacte vert et la feuille de route "De la ferme à la table", suivant en cela les recommandations des lobbys agro-industriels.  Ce fut encore le cas le 22 novembre dernier, lorsque le Parlement européen a rejeté un projet de règlement dont le but initial était d'augmenter de 25% les surfaces cultivées en bio sur le continent. À trois absents près, l’ensemble du groupe RN a voté contre !

- Pesticides

Là encore, le RN ne sait pas toujours qui caresser dans le sens du poil. Chaque fois que des objectifs de réduction d'usage des produits phytos ont été traduits dans des textes législatifs présentés dans l’hémicycle européen, le RN a voté contre, suivant les préconisations des représentants de l’agro-industrie. Pourtant Julien Odoul, membre du bureau national du RN, s'est félicité de l'interdiction par Bruxelles de trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes, dénonçant une Europe "neutralisée par les lobbys agrochimiques à qui il aura fallu près de trente ans pour tenir compte des alertes lancées par les apiculteurs et les scientifiques". Lorsque l’Assemblée nationale s’est prononcée sur l’usage des néonicotinoïdes dans l’agriculture française en 2020, ou encore pour l’interdiction définitive du glyphosate en 2022, les députés RN étaient aux abonnés absents.

- La protection des salariés

Peu après le premier confinement, qui avait mis en lumière la dépendance de l’agriculture européenne à la main d’œuvre saisonnière, une quasi-unanimité du Parlement européen votait une résolution pour mieux protéger ces travailleurs et travailleuses. L’ensemble des parlementaires RN avaient voté contre la résolution, allant jusqu’à prendre le contrepied de leur propre famille politique, le groupe d’extrême droite Identité et Démocratie (ID).

- La chasse et la protection des animaux

Pas facile pour le RN de se positionner sur cette question, quand nombre de ses sympathisants baignent dans la cause animaliste mais qu'il faut aussi surfer sur la colère de la ruralité… Lors de l'examen de la Loi Egalim, la seule disposition du texte qui trouvait grâce aux yeux des députés RN était "le doublement des sanctions en cas de maltraitance animale avérée", saluée dans l'hémicycle par le député Louis Aliot. Dans son programme présidentiel de 2022, Marine Le Pen consacrait un chapitre entier à "la protection des animaux", prônant un durcissement des peines en cas de mauvais traitement. "Aucune violence, aucun acte de cruauté, aucune angoisse" ne doit être "infligée aux animaux de manière gratuite", y lisait-on. Lors de la campagne, elle ajoutait même : "A titre personnel, je suis contre la chasse à courre. Un certain nombre de chasses ne sont plus admises par une majorité de Français. Elles expriment une cruauté qui n'est pas nécessaire. Elles relèvent certes de traditions, mais elles heurtent, elles choquent." Là encore, le RN joue sur tous les tableaux et ne montrera son vrai visage qu'une fois élu. Certains risquent d'être déçus !

- Le dynamisme des territoires ruraux

Celle qui s’affichait comme la défenseuse de la ruralité assurait également dans son programme de 2022 vouloir "faire vivre nos territoires". Il se trouve qu’il existe un important budget public pour le développement rural, c’est ce qu’on appelle le "second pilier" de la Pac. Il a pour objectif de maintenir le dynamisme des territoires ruraux avec un large panel de mesures cofinancées par les Etats membres, allant de la modernisation des exploitations à la promotion du tourisme rural, en passant par la formation des agriculteurs, les aides à l’installation, l’agriculture biologique. C'est dans ce second pilier que se trouve le FEADER (Fonds européen agricole pour le développement rural) qui finance par exemple les mesures agroenvironnementales et climatiques (Maec) et les transitions agroécologiques (réduction des engrais et des pesticides, etc.). Au Parlement européen, en octobre 2020, les eurodéputés RN ont voulu en réduire l’importance pour basculer ces fonds vers le premier pilier, celui des aides directes qui bénéficient aux plus gros.   

- Aucune initiative parlementaire sur l'agriculture

Depuis le début de la XVIe législature, les 88 députés RN, qui ont porté des textes sur l’interdiction de l’écriture inclusive ou l’instauration de l’uniforme à l’école, n’ont jamais consacré la moindre initiative parlementaire aux problématiques du secteur agricole. Marine Le Pen, qui s’était présentée en défenseuse de la ruralité, avait pourtant fait du soutien "à nos agriculteurs et à une alimentation de qualité pour tous" l’un des points forts de ses programmes présidentiels de 2017 et 2022. Encore du blabla !

Conclusion

Sur tous les sujets qui concernent l'agriculture et la ruralité, le RN navigue à vue en fonction des colères exprimées ici et là. Les contradictions, revirements, non-sens exprimés par les uns et les autres témoignent d'une grande méconnaissance des sujets agricoles et ruraux, et de l'absence de vision d'avenir pour notre profession. Sa seule ligne directrice est de voter la plupart du temps dans le même sens que la droite et les libéraux européens, alignés sur les consignes de vote du Copa-Cogeca, l’organisation de lobbying agricole à Bruxelles dont fait partie la FNSEA. Loin des micros et des caméras, le RN montre donc son vrai visage : un parti capitaliste, libéral, soumis aux lobbys de l'agro-industrie et pour qui les paysans ne comptent qu'au moment où ils mettent leur bulletin dans l'urne.

A nous de montrer dans les urnes que nous valons mieux que ça !

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