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Bio à la dérive

Un récent article du journal Sud Ouest relatait une interview d'agriculteurs bio landais sous le titre "On peut être bio, gros et bon !". Ce choix éditorial va nous permettre d'aborder le fond du sujet entre production bio, aides liées à la production et pérennité d'un modèle agricole.
Bio à la dérive

Il y a quelques semaines déjà, un article paru sur le journal Sud Ouest relatait une interview d’agriculteurs bio de haute Landes sous le titre : “On peut être bio, gros et bon !”. Vous vous doutez bien que cela soulève quelques interrogations pour ma part. Si l’on décompose ce titre point par point :

Peut-on être bio ? Il y a plusieurs raisons qui poussent un agriculteur à passer en bio. La première, qui me semble évidente, c’est la prise en compte environnementale, qui induit également une notion de protection de sa santé, et de celle du consommateur. Pour d’autres, la vision peut être plus capitaliste, l’ambition consiste alors à saisir toutes les opportunités qu’offre un marché porteur. Ce sont les mêmes qui nous expliquent que le bio c’est possible mais pas partout, eux qui possèdent des terres dans tout le département. Je cherche alors les convictions ... Nous le savons, le passage en bio n’est pas anodin, il peut s’avérer complexe, je crois pourtant qu’un des freins est bien celui culturel. Avec des profils d’exploitations et un climat similaire, nos voisins gersois sont les champions du bio. Nos autres voisins Lot et Garonnais, cultivent traditionnellement une multitude de productions avec bien souvent peu de Sau. Notre historique à nous, c’est la polyculture élevage.  Au-delà du bio, ce modèle a beaucoup plus de sens lorsque l’autonomie en céréales est atteinte sur les exploitations, sachant que le bio industriel dépend largement d’un modèle d’élevage intensif pour obtenir la matière organique.

Peut-on être gros ? Cela, en plus de ne rien vouloir dire en soi, est un terme dévalorisant et réducteur.  Cette notion de grosseur, ou grandeur, doit être définie. Je pense que nous pouvons le faire à l’instant où, par exemple, vous vous agrandissez au détriment des autres en s’accaparant les terres, vous défrichez sous couvert de faire du bio etc. La définition peut être amendée lorsque les droits à produire sont octroyés dans le seul but de destabiliser le marché, afin de devenir leader. Aujourd’hui, de la carotte et de l’asperge bio, cultures très présentes dans le département, se vendent très souvent au même prix que le conventionnel. Les autres n’ont qu’à s’aligner ... Je ne parle pas du maïs bio, qui est également dans cette phase, tout va bien, le marché régule !

Le volet social me questionne également sur ces exploitations. L’agriculture bio est gourmande en main d’oeuvre, la considération du personnel (bien souvent de nationnalité étrangère) n’est pas la priorité. Ces aspects viennent encore une fois accompagner la définition d’une grosse exploitation. Le problème n’est pas qu’elle soit grosse ou pas, mais provient du fait qu’elle le devienne au détriment des facteurs que je viens d’évoquer, et qu’elle soit alors considérée comme un exemple, afin d’imposer ce modèle aux autres. 

Peut-on être bon ? Je ne suis pas là pour juger ou non d’une qualité gustative. Je m’interroge seulement sur la résilience de ce système, où les rotations culturales s’enchainent sans relâche, où le gigantisme des parcelles entreine une sur-mécanisation qui abîme les sols. Ce même sol qui, encore une fois, est utilisé comme simple support, au lieu de devenir l’outil central de la production. Conserve-t-il alors sa capacité à apporter tous les éléments organoleptiques à la plante ? La notion variétale joue aussi un rôle prépondérant sur le goût. Or, dans ces exploitations, pas question de parler de variétés anciennes ou de biodiversité génétique des espèces cultivées.

La durabilité des systèmes de ces exploitations bio, basée sur les capitaux et l’investissement avec pour seul objectif de faire du profit, n’est en rien un modèle pérenne. Elles se disent progressistes et innoventes, mais en quoi le modèle individualiste qu’elles prônent, au détriment de nombeux facteurs, peut-il être considéré ainsi ?

Ne l’oublions pas, les principes fondamentaux du bio sont basés sur un mode de production durable, respectueux des hommes et de l’environnement !

Mélanie MARTIN, Présidente de la FDJA Modef

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