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Cela finira-t-il ?

Le choix d’un édito n’est pas toujours facile et, pour ma part, si certaines fois une actualité se prête à une prise de position réactive, d’autres fois, faute de faits saillants majeurs, je peux prendre du recul et y réfléchir à l’avance.
Aussi, pour ce dernier numéro de 2020 (et en même temps premier de 2021), j’avais pensé faire une petite rétrospective de la décennie 2011-2020.
Cela finira-t-il ?

Serge MORA, président du Modef des Landes

En effet, nous venons de vivre dix années très compliquées pour l’agriculture. Les aléas climatiques se sont véritablement empilés (avec des excès d’eau comme en 2013, 2018, 2019, 2020 sans compter des orages ou des chutes de grêle dévastateurs et des sécheresses comme en 2012, 2016 et l’été 2020. Pour les agriculteurs ce sont des pertes de rendement sur cultures, des foins détruits, des sols matraqués, des plantations en souffrance…

À cela, il faut ajouter des prix bas qui découragent les éleveurs bovins (lait et viande) à tel point que le cheptel ruminant landais fond comme neige au soleil : 80 éleveurs laitiers aujourd’hui contre plus de 200 il y a 10 ans. Et il en est quasiment de même en allaitant.

Et n’oublions surtout pas les crises sanitaires. Chez les bovins, il y a bien sûr la tuberculose qui impacte quelques troupeaux mais tout le monde pense évidemment aux épisodes d’influenza aviaire de 2016, 2017 et celui qui nous préoccupe en cette fin d’année si particulière par ailleurs1.

Ce 3e épisode d’influenza en 5 ans finit de jeter un énorme sentiment de lassitude, d’abattement sur des producteurs qui ont souvent fait de gros efforts financiers, techniques pour être plus résilients face à cette maladie. De plus, leurs efforts n’ont pas été récompensés financièrement car les difficultés de commercialisation depuis deux ans plombent les prix de reprise.

Alors, évidemment, cette nouvelle éruption de l’influenza aviaire dans notre département sème le trouble et exacerbe les positions des uns et des autres.

Je voudrais au travers de ces quelques lignes dépassionner le débat car il est nécessaire d’analyser tous les aspects d’une position que peuvent être tentés de prendre les uns et les autres.

Il faut exclure l’animosité et « ne pas opposer les modèles » comme nous l’entendons si souvent.

Il y a des éléments et des faits à analyser avant de prendre des décisions qui peuvent s’avérer négatives à terme. Je poserai ici quelques réflexions pèle mêle.

Tout d’abord, si une politique d’abattage autour des foyers est envisagée, elle doit se faire au vu des résultats d’analyses car les producteurs et les consommateurs ne comprennent plus ce gaspillage.

Ensuite, vouloir éradiquer la production en plein air est un non-sens technique, économique et sociétal. En effet, la qualité des PAG élevés en claustration laisse beaucoup à désirer. Il ne faudrait donc pas « casser » un marché avec des produits de qualité moindre, d’autant que les produits issus de l’élevage tradi n’arrivent pas à satisfaire la demande. De plus, la demande sociétale de bien-être animal devenant plus prégnante, la claustration va à l’encontre de cette tendance.

Puis, concernant la contamination, si l’avifaune sauvage a bien sûr un rôle, n’oublions pas les transports car des vétérinaires s’interrogent sur l’apparition de foyers en bordure de routes très fréquentées par des camions de PAG ou de gras. Sans oublier le fait que le virus est aéroporté comme l’a souligné Jean-Pierre VAILLANCOURT (professeur de médecine vétérinaire à l’université de Montréal) à l’assemblée générale du Cifog en 2017.

Enfin, se pose la question du vaccin avec bien sûr les problèmes induits (exportations, risques de mutation, crainte de ne plus déceler de symptômes en élevage et possibilité de transmission à l’homme). Mais, le système de traçabilité français étant parfaitement reconnu pour sa fiabilité, ne pourrait-on pas essayer sur une partie des animaux en extérieur ?

Il existe certainement d’autres pistes (réduction des effectifs après les fêtes…) mais surtout n’oublions jamais que la Qualité est le garant de nos débouchés et de nos prix de vente. Gardons en mémoire les épisodes « veaux aux hormones », « vache folle » « lasagne au bœuf » qui, à chaque fois, ternissent l’image des produits concernés.

Pour conclure, je vous souhaite à tous de bonnes fêtes, une bonne année 2021 (cela nous changera) et aussi de garder à l’esprit qu’un métier, qu’une qualité, cela se défend !

1 - Édito rédigé le 23/12/2020 (avant la détection des foyers en Chalosse)

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