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Les modèles (1/2)

On nous parle souvent des modèles que l’on se doit d’imiter si l’on veut être un bon citoyen, un bon sportif mais aussi un bon agriculteur.

Aujourd’hui, le sujet préoccupant est la lutte contre le réchauffement climatique. La Coopération agricole a annoncé se fixer un objectif zéro émission nette à l’horizon 2035 lors d’une conférence débat le 18 février. Un ingénieur consultant, Jean-Marc JANCOVICI, spécialiste de l’énergie et du climat, a bousculé les schémas bien établis. Il a d’abord précisé qu’il faudrait réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) de 5 % par an pour contenir l’élévation de température à 2 °C d’ici 2100, ce qui se traduirait quand même par des canicules et des sécheresses estivales plus marquées qu’aujourd’hui.
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Il a rappelé que le modèle agricole que l’on a bâti est basé sur des coopératives industrielles qui s’approvisionnent sur des grands rayons d’action (tiens ça me rappelle quelque chose…). D’après lui, l’organisation actuelle où un camion sur trois transporte de l’alimentation ne peut pas perdurer dans un monde sobre en énergie. Il en appelle à la dé-spécialisation des régions agricoles, au raccourcissement des chaînes logistiques, au retour des haies, à la stabilisation des sols et à la réduction des produits phytosanitaires.

De même, il faudrait diviser le cheptel bovin national par deux car si l’assiette des Français représente environ le quart des GES de notre pays, la filière bovine en occupe entre la moitié et les deux tiers.

Il rappelle que, globalement, la matière première ne pèse que 2 % dans le prix de l’alimentation, le reste servant à payer la grande distribution, les transports, la publicité, l’agroalimentaire et, ne l’oublions pas, les actionnaires. Leurs profits sont censés faire les investissements de demain et les emplois d’après-demain selon une théorie du ruissellement tant ressassée et si peu vérifiée.

La solution passerait par un contrat entre la société et l’agriculteur où, en échange d’un prix garanti (comme la PAC d’une certaine époque), il devrait produire différemment.

Cela signifierait remettre de l’argent dans le système qui, s’il est conçu pour être optimal au plan économique, ne l’est pas en ce qui concerne le respect de l’environnement. Je cite « dans une coopérative, on ne peut pas gagner plus d’argent sur la vente des intrants que sur celle des récoltes ».

Cette intervention, on le voit, bouscule profondément le modèle établi depuis plusieurs décennies avec la complicité d’un syndicalisme majoritaire tout puissant.

Le modèle établi sur une vision de production à grande échelle à bas prix a vidé nos campagnes. Il est très exigeant en capitaux, en travail, pour un résultat économique, social et environnemental catastrophique. Rappelons au passage quelques conséquences à cela : le taux de suicide le plus élevé toute catégorie sociale confondue, des revenus de misère pour une grande partie des paysans, la durée de travail hebdomadaire moyenne la plus forte, des retraites bien en dessous du seuil de pauvreté et, pour couronner le tout, un taux de renouvellement des générations catastrophique. L’exigence en capitaux et en travail est telle que cela décourage bon nombre de candidats à l’installation.

Le bilan de ce modèle est peu flatteur et Jean-Marc JANCOVICI propose que chaque agriculteur « [soit] payé cinq fois plus avec deux fois moins de vaches » moyennant des engagements sur les pratiques d’alimentation, de bien-être animal, d’entretien des paysages, etc. Cela nécessiterait une augmentation du prix des produits agricoles.

Ce bouleversement va évidemment sembler utopique à un certain courant de pensée mais, aujourd’hui, nous sommes vraiment à la croisée des chemins. Alors réagissons vite et collectivement (paysan, syndicat, pouvoir politique) si l’on veut se donner un avenir plus serein.

Source : https://www.pleinchamp.com/actualite/aujourd-hui-la-nourriture-ne-vaut-rien

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